Jean est son nom
Jean, le prêtre qui nous rassemble ce matin n’a connu qu’un seul projet de vie, annoncer le Dieu d’amour et de miséricorde, lent à la colère et plein d’amour, comme il est dit dans un psaume. A travers son ministère, à travers son être profond, il a toujours témoigné du Bon Dieu, du Dieu qui aime, qui ne laisse tomber personne, un Dieu qui est pour la vie, la santé, le bonheur, la justice, un Dieu qui appelle à vivre avec lui dans une éternité bienheureuse. « La miséricorde est le nom de Dieu » disait François de Rome, notre frère à tous. Déjà au cours du sermon sur la montagne, Jésus avait proclamé : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde ».
Heureux, ceux qui ont des entrailles et du cœur, heureux ceux qui ne savent pas voir souffrir sans intervenir, sans faire quelque chose, sans tendre une main secourable et offrir une parole de réconfort et d’espérance. Sous l’action de l’Esprit, Zacharie se mit à prononcer ce que les habitués du bréviaire appellent le Bénédictus. Dieu a visité son peuple, il a montré sa bonté envers nos pères et s’est rappelé son alliance sainte et puis, vision prophétique : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, tu marcheras devant sous le regard du Seigneur pour préparer ses routes, pour donner à son peuple la connaissance du salut » Dieu, que ces paroles m’ont habité, ces derniers jours, voyant notre amis Jean, cloué sur son lit, réduit au silence et entamant l’étape ultime et décisive vers le Père.
« Jean de Geuzaine », mais qui était-il donc ?
Jean était un grand, un beau, un superbe naïf ! Naïf, naïveté, nativité, Jean a toujours été de naissance en naissance et de naissance en renaissance, de commencement en recommencement. Jean était de Noël, il était de l’Incarnation. Christian de Chergé, prieur des moines du Mont Atlas disait au cours d’une récollection donnée à Alger, le 8 mars 1996 : « Ce à quoi Jésus nous invite, c’est de naître.
Notre identité d’homme va de naissance en naissance…Et de naissance en naissance, nous arriverons bien, nous-mêmes, à mettre au monde l’enfant de Dieu que nous sommes ; Car l’incarnation, pour nous, c’est de laisser la réalité filiale de Jésus s’incarner dans notre humanité, dans mon humanité à moi »
Jean de Geuzaine a vécu tout au long de sa trajectoire terrestre cette naissance et renaissance en Dieu. A Geuzaine, né dans une famille, une belle et grande famille, il a vécu avec les siens dans une sobriété heureuse où la fraternité, la sororité est vécu au jour le jour. Toujours présent et solidaires dans les bons moments et surtout lors des secousses et deuils traversés au fil du temps. Devenu prêtre, il était devenu le fils, le frère, l’oncle auquel tous se référaient et lui, leur était disponible d’une manière aussi discrète que très humble.
J’ai été sidéré et tellement admiratif de voir ces derniers jours ses sœurs, ses neveux et nièces être présents, jour et nuit, pour lui tenir la main et lui signifier leur présence et pour lui dire, « non Jean, tu n’es pas tout seul dans ce dernier combat » Et que dire de Rosa, qui l’a accompagné durant tant d’années, ayant magnifiquement, divinement épousé son sacerdoce. Heureux les hommes, heureux les prêtres, qui trouvent en leur famille pareille chaleur humaine !
De naissance en naissance
Jean a toujours été le prêtre de tous et de chacun.Comme vicaire à Verviers, aumônier des jeunes et de la JOC, assistant des œuvres sociales, il aimait se réclamer de Joseph Cardijn et faire en sorte que, lors de chaque rencontre, les uns évangélisent les autres, lui-même étant là pour soutenir, encourager et offrir l’Evangile, l’écrire en lettres de lumière.
Devenu curé à Vaux-sous-Chèvremont, puis curé-doyen à Herstal et à Verviers, ayant connu de très bons moments et aussi des heures parfois difficiles, les relations humaines sont ainsi faites, je puis attester que Jean a toujours été un facilitateur de relation, un jeteur de pont, un vrai serviteur refusant tout cléricalisme et toute position dominante. Je pense pouvoir dire que Jean n’a jamais oublié que le premier pas de son ordination a été le diaconat, Jean ordonné pour servir ! Retraité, il a offert ses services à l’équipe d’aumônerie des hôpitaux de Verviers et, chose frappante, lui qui durant, presque un demi-siècle, avait accompagné des malades et secouru des mourants, a suivi des formations comme tous les néophytes dans le secteur.
Jean, témoin par sa parole et son enseignement.
Jean prêchait bien avec force et douceur. Comme Jésus de Nazareth, son maître, il parlait avec autorité, sans moraliser, sans donner des leçons, mais invitant ses paroissiens ou ses auditeurs au foyer de charité à Nivezé, à devenir eux-mêmes auteurs, créateurs de leur vie, de leur destin, de leur avenir.
De naissance en naissance.
Redoutable celle-là. Affronter la maladie, se voir confronté à l’inéluctable et se sentir de plus en plus faible et pauvre dans sa situation de malade. Jamais, je ne l’ai entendu se plaindre de ses souffrances, mais ce qui lui tombait le plus dur, c’était de ne plus pouvoir exercer son sacerdoce, visiter les malades à l’hôpital, célébrer la messe en paroisse. « Si au moins je pouvais encore animer, ne fut-ce qu’une équipe de catéchèse, je pourrais encore être utile », disait-il.
Mais non, Jean, tu étais autrement et mystérieusement plus utile par ta vie offerte, rejoignant le chant du vieillard Syméon que nous avons évoqué ensemble quelques fois : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Merci Jean, d’avoir été lumière pour tes amis et tes proches en famille ou en paroisse, tu as été pour nous tous bonne nouvelle Gloire d’Israël : Merci, d’avoir été pour l’Eglise, en ces temps tourmentés, un véritable enthousiaste, terme venu du grec qui dit, homme plein de Dieu, homme habité par le Seigneur. Je termine par un petit témoignage. On raconte que Ludwig van Beethoven ayant appris la mort de l’époux d’une de ses amies, vint la voir. Et, après avoir échangé les propos de convenances, il demanda à l’amie, Madame, vous avez un piano ? Bien sûrs dit-elle, mais je pense que ce n’est pas le moment d’en jouer. Montrez quand-même. Et il se mit à jouer avec une profondeur, une intensité incroyable.
En quittant l’amie, celle-ci lui dit : « Beaucoup de personnes m’ont adressé des paroles, belles et bonnes, mais personne n’a communiqué comme vous. Et Beethoven d’ajouter : « je crois que je n’ai jamais joué avec tant de divine compassion et de céleste espérance.
Chers amis, je vous invite maintenant à deux minutes de cinéma, à faire tourner dans votre mémoire des images, des paroles, des sourires, des silences de Jean qui vous ont conduits à dire et à fredonner :
Jésus, que ma joie demeure !.
