HERVE – 11/11/1918 – Comment Herve a vécu l’Armistice.

(le cliché qui illustre cet article : Battice – fin novembre 1918 – un arc de triomphe éphémère est construit pour accueillir les troupes belges et les alliés)

La Libération de Herve – Novembre 1918 – Auguste Maquinay

Cet article parle de la libération de Herve en 1918. Il se base sur les articles de presse rédigés par l’abbé Maquinay et parus dans le Courrier de Herve en novembre et décembre 1924.

Comme dans toute la Belgique, à Herve, on savait que depuis juillet, les opérations militaires marchaient mal pour les Allemands ; leurs journaux n’avaient pas caché leurs défaites successives sur les divers fronts, puis l’abandon de leurs alliés turcs, bulgares et autrichiens ; les soldats achevaient de découvrir ce qu’on cherchait à cacher : les troubles en Allemagne et les tentatives de rébellion au sein de l’armée allemande.
En octobre, on sentait que la fin approchait, mais on n’osait pas encore trop l’espérer et on manifestait moins encore sa joie publiquement…

Au début novembre, notre horizon s’éclaircit davantage ; déjà de nombreuses troupes retournent en Allemagne, mais les soldats allemands ne disent mot.
On apprend qu’on discute en Allemagne des propositions de l’armistice… et enfin le 11 novembre, la nouvelle tant attendue est annoncée et se répand comme une traînée de poudre : les Allemands acceptaient toutes les conditions et à 11 heures de ce jour, toute hostilité cessait sur les champs de bataille.
Ce ne fut cependant que quelques jours plus tard qu’on sut d’une façon exacte les conditions de Foch, la portée de l’armistice, la fuite de l’empereur en Hollande et la révolution en Allemagne.

Inutile de dépeindre l’explosion de joie que produisit à Herve l’annonce de l’armistice. Ici comme partout, elle se traduisit en manifestations diverses au nez même des Allemands qui, heureux eux aussi de la fin de la guerre, ne songeaient à rien empêcher.
Mr le doyen fait confectionner un tout nouveau drapeau tricolore et P. Conradt va faire claquer nos 3 couleurs au sommet de la tour de l’église. De suite, d’autres drapeaux flottent à toutes les fenêtres et même sur les ruines de plusieurs maisons.

Alors commença l’interminable défilé des troupes allemandes rentrant en Allemagne.
Ceux qui furent les témoins de cette inconcevable retraite n’en perdront jamais le souvenir. On était loin du prestigieux et formidable spectacle qu’offrit l’armée allemande en 1914.
On vit d’abord les troupes d’arrière minées par la révolution, s’en retournant aux chants de la Marseillaise et de l’Internationale, drapeaux rouges en tête et sous les ordres des conseils des soldats. Troupes en désordre, charroi le plus étrange, chevaux étiques, soldats traînant tout ce qu’ils avaient pu voler et qu’ils revendaient pour quelques marks. Puis vinrent les troupes du front couvertes encore de la boue des tranchées, fatiguées par de longues marches, mais elles encore disciplinées, obéissant à leurs chefs et conservant l’arrogance, la morgue teutonne.
Durant des jours, nos concitoyens contenant leur joie, assistaient à ce lamentable spectacle et redoutaient toujours quelqu’accès de fureur de ces Allemands même vaincus.
Et tandis que jusqu’au 24 novembre, passaient les troupes allemandes, nos prisonniers civils et militaires revenaient d’Allemagne. On revit alors les bariolés uniformes du début de la guerre, mais combien usés, fripés et se combinant de toute façon avec des habits civils.
Peu importait le costume, nos prisonniers amaigris s’en revenaient joyeux de leur longue et pénible captivité.

Les Boches nous intéressaient peu, nous en étions débarrassés. Mais nous attendions avec impatience le retour de nos chers petits soldats belges et de leurs alliés. Il fallait bien les recevoir et les fêter.
Le 23 novembre 1918, le conseil communal se réunit pour la première fois en toute liberté et devant les membres debout, M. A. Cajot prononça avec émotion une allocution patriotique.
Il félicite la population pour son calme et sa dignité durant les 4 ans de guerre ; il fait acclamer le Roi, la Reine et l’Armée ; puis il adresse ses condoléances aux familles des victimes de la guerre.
A cette séance, le conseil communal prend la décision de créer une garde civique locale pour veiller au bon ordre et on propose la nomination d’un comité des fêtes chargé d’élaborer un programme pour la réception des soldats et des troupes alliées.
Ce comité de fête est présidé par Lambert Chanteux. Ses membres sont M. Mercenier, directeur de la société de secours, M. Bonsang et M. Cambresier.
En quelques jours, près de 5044 francs ont été récoltés auprès de la population.
(Cette somme récoltée financera les festivités du 30 novembre, l’entretien des tombes de Labouxhe et la construction d’un monument à la mémoire des victimes de la guerre)

Comme partout, personne ne travaille à Herve, les groupes stationnent aux carrefours, on a sorti tout le matériel d’ornementation possible. Aux fenêtres on voit les portraits des soldats enrubannés aux couleurs nationales, les cuivres qu’on a pu cacher aux Boches ; un arc de triomphe se dresse au bout de la rue Jardon, des inscriptions patriotiques de bienvenue aux soldats se montrent un peu partout, et enfin les musiciens des sociétés « Mélomane » et « Amis réunis » se fusionnent et s’apprêtent à saluer les armées victorieuses.
Les premiers éléments de cavalerie ont dû entrer à Herve le 26 ou 27 novembre.

Il n’est pas de mon rôle de chroniqueur de rappeler l’allégresse, l’émotion de la population lorsque pour la première fois, elle revit les soldats belges sous uniforme kaki, chargés de leur lourd attirail de guerre et si impressionnants sous leur casque.
Ils venaient en droite ligne de l’Yser où durant 4 ans, ils avaient péniblement lutté pour la délivrance du pays.
Le premier contingent belge qui s’arrêta à Herve fut un bataillon du 13e de ligne, de la 4e division d’armée qui fit son entrée le samedi 30 novembre.

La foule comprenait tout ce qu’elle devait à ces héroïques soldats, leurs sauveurs, qu’elle ovationnait en délirantes acclamations où se mêlaient la joie, les larmes. On s’empressait autour des soldats, leur posant mille questions, leur demandant s’ils n’avaient aucune nouvelle sur tel ou tel de leurs amis, insistant pour connaître quelques faits de guerre ; on leur racontait le départ des Allemands et on établissait la différence entre le pitoyable état des troupes allemandes et l’aspect splendide des nôtres.
Ce qui frappait le plus les populations, c’était la belle allure, la vie de nos soldats, que de fois on entendit cette réflexion : « Comme ils se portent bien ».
On aurait voulu tout donner à ces braves, les recevoir dans les foyers ; mais hélas Herve était bien détruite et pauvre. L’état-major, dans sa désignation des cantonnements, n’avait pas tenu compte que 300 maisons n’existaient plus ; grâce cependant aux écoles et aux divers établissements religieux, on parvint à loger convenablement nos troupes.
La réception fut malheureusement gâtée par un temps affreux.
Le dimanche 1er décembre devait avoir lieu en notre église une grand’messe militaire solennelle, mais les ordres supérieurs virent annoncer à nos troupes de poursuivre leur marche de bon matin.

Hélas, même les armées victorieuses ne traînent pas avec elles les milliers de morts, de blessés et de malades, rançon bien chère du triomphe.
Dès que la route eut été assurée par le passage de la cavalerie, quelques soldats isolés de Herve et des environs dont les unités cantonnaient près de Liège profitèrent de la circonstance pour venir faire une courte apparition et embrasser leur famille. Dès que l’un d’eux pénétrait à Herve, il était de suite entouré, ovationné, les musiciens exécutaient sans cesse la Brabançonne et notre héros était reconduit chez lui en triomphe et là, il avait à subir les visites de tous les amis et connaissances.

Et après avoir vu défilés nos régiments, on voulait voir français, anglais, américains… tous les alliés.
Puis durant des jours et des jours, ce fut le continuel défilé de nouvelles troupes.
On vit arriver les Français soulevant un enthousiasme par leur marche légère, nerveuse ;leur gaîté qu’accentuait encore le célèbre pas redoublé entendu tant de fois : « La Madelon ».
Puis vinrent les Ecossais provoquant la curiosité en leur accoutrement militaire si original.

Durant plusieurs semaines, nous connûmes la vie agitée mais combien différente de 1914, chaque journée amenait du neuf, les soldats herviens revenaient au pays, les journaux belges et français nous arrivaient librement et venaient enfin nous raconter combien grandioses et glorieuses avaient été les journées des grandes offensives finales mais ils nous apprenaient également au prix de combien de vies humaines nous avions payé la victoire.

Aussi on ne sut comment montrer son enthousiaste reconnaissance vis-à-vis de nos chers soldats : chaque localité, pour ainsi dire, voulut organiser une manifestation de gratitude envers ses concitoyens héros de guerre et ériger un monument commémoratif en l’honneur des victimes de la guerre.

Abbé Auguste Maquinay

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